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Château de Brague : Carnets — semaine du 29 juin au 5 juillet 2026

Une semaine charnière. La vigne bascule vers la maturité, la chaleur qui s'annonce nous oblige à ralentir les machines, et au chai on prépare la mise en bouteille du blanc.

À la vigne

Mercredi, les premières baies colorées sont apparues. C'est la véraison, le moment où les raisins verts commencent à changer de couleur et amorcent leur maturation. On l'a vue le même jour un peu sur toutes les parcelles, notamment sur les merlots de Bernin, une de nos parcelles. Personne n'avait rien remarqué la veille. C'est tôt, et c'est plutôt bon signe pour l'état de la vigne.

La météo annonce de fortes chaleurs la semaine prochaine, alors jeudi on a arrêté les travaux mécaniques. On a gardé seulement le rognage, cette taille des extrémités des rameaux, sur les parcelles les plus poussées où les branches se croisent et gênent le passage à pied. On rognait cette semaine sur Plateau 1 et 2 et sur Gardette 7. On a aussi stoppé le broyage de l'herbe entre les rangs, parce que couper l'herbe la stimule à repousser à un moment où il y a peu d'eau dans les sols. Seule exception, un passage devant le château pour que ce soit propre et présentable. Le travail du cavaillon, cette bande de terre juste sous le rang, continue lui normalement. Une fois les parcelles en cours terminées, l'équipe repart sur les travaux à la main, l'arrachage des rejets américains et des pampres, ces pousses inutiles sur les troncs, et les grandes herbes.

Les complants, ces jeunes pieds replantés pour remplacer les manquants, commençaient à souffrir de la sécheresse. Vendredi matin ils étaient tous arrosés, à raison de cinq litres par plant. On refera un passage mercredi, puis une fois par semaine tant qu'il ne pleut pas franchement.

La véraison précipite aussi un projet dont on parlait depuis un moment, un essai de verjus. Le verjus, c'est un jus pressé à partir de raisins pas encore mûrs, très acide, et il faut le récolter avant la véraison. Avec les chaleurs qui accélèrent tout, ça devra se faire vite la semaine prochaine. Le plan est simple sur le papier. Une petite demi-journée de vendange à la main sur Garage, une de nos parcelles, pour viser environ cinq hectolitres. Ensuite un pressurage direct avec un petit pressoir à main qu'on vient de recevoir, un stockage au froid, puis une mise en poches souples pour essayer d'en faire du jus aux vendanges. C'est très expérimental, on fera de notre mieux.

Début de la véraison

Mercredi 1er juillet, les premières baies colorées sont apparues sur presque toutes les parcelles, dont les merlots de Bernin. La véraison, ce changement de couleur des raisins, marque le début de la maturation. Toute l'équipe l'a constatée le même jour, alors que rien n'était visible la veille.

Au chai

Le gros sujet de la semaine au chai, c'est la préparation de la mise en bouteille du blanc, environ quinze hectolitres logés dans un garde-vin, une cuve qu'on maintient toujours pleine pour protéger le vin de l'air. Le laboratoire a préconisé des apports de produits œnologiques avant la mise, et on a vérifié les dosages avec lui à partir des analyses. Petit contretemps en début de semaine, la cuve était sous scellé dans l'attente d'une dégustation officielle prévue mercredi, il a donc fallu attendre le résultat et l'autorisation avant de pouvoir la manipuler. Pas de préfiltration prévue, le vin sera filtré en cascade au moment de la mise et vu le faible volume il ne devrait pas y avoir de problème de colmatage des filtres.

Vendredi, les produits mis, on a inspecté la cuve à la lampe pour surveiller les lies, ces dépôts qui se forment au fond. Le vin est ressorti un peu plus trouble après les apports, ce qui est normal, et on regardera lundi si tout a bien déposé. À chaque manipulation, la consigne est stricte, on gaze la cuve au CO2 avant et après, et on brasse à la tige plutôt qu'à la pompe.

Pourquoi ? Un vin blanc est très sensible à l'oxygène, qui peut le faire brunir et lui faire perdre ses arômes. Le CO2, plus lourd que l'air, forme une couche protectrice à la surface du vin. On en gardera d'ailleurs en réserve pour la mise, afin de protéger la cuve au fur et à mesure qu'elle se vide.

On a aussi fait le point sur les fournitures pour cette mise. Après comptage, il resterait environ trois mille bouteilles et deux mille quatre cents bouchons en stock, de quoi voir venir. Enfin, on a vérifié le matériel reçu ces dernières semaines pour le projet de verjus, un pressoir à main, une pompe, un pistolet de remplissage pour les poches souples, des filtres et tuyaux, et une cuve pour pasteuriser. Tout doit être déballé et testé avant la vendange de la semaine prochaine.

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